Review cinéma - Supergirl : Un diamant mutilé
Deuxième film du DCU, Supergirl va-t-elle réussir à s'élever aussi haut que son cousin ?
Quelques années après l’arrêt de sa série TV, Supergirl revient sur nos écrans en live-action avec un nouveau visage. Adaptant le comics Supergirl : Woman of Tomorrow, véritable succès critique et commercial de Tom King et de Bilquis Evely, il est impossible de ne pas traiter du film sous cet angle. Dès son annonce, l’adaptation a été revendiquée, reprenant même le titre du comics avant de devenir sobrement : Supergirl (à l’instar de Superman Legacy qui est devenu Superman).
Un formatage en bonne et due forme
En réalité, le terme d’adaptation est ici quelque peu galvaudé : le film Supergirl de Craig Gillepsie prend davantage Woman of Tomorrow comme une inspiration, s’en éloignant largement dans les faits. En effet, il n’en reprend quasiment que le pitch initial et quelques décors, sans même les utiliser dans leur fonction d’origine. Le comics est une succession de courtes histoires en un ou deux numéros où Kara et Ruthye, sa protégée, traversent la galaxie en quête de Krem, l’assassin des parents de Ruthye. Celles-ci vivent plusieurs aventures où Ruthye découvre la cruauté du monde et l’exceptionnalité de Supergirl dans une sorte d’éloge. Ces différentes aventures font voyager, elles révèlent une galaxie pleine de couleurs différentes ; il s’agit d‘un périple initiatique.
Quand on choisit d’adapter directement un comics, c’est logiquement pour en reprendre les qualités. Woman of Tomorrow en a beaucoup, mais certainement pas son pitch initial en tant que tel, ce que la scénariste Ana Nogueira semble toutefois penser. Des transformations scénaristiques sont évidemment demandées quand on passe d’un format à un autre, un comics n’est pas un film, d’autant plus avec la structure épisodique que prend Woman of Tomorrow. On pourrait dès lors se poser la question de la pertinence d’un film quand une série semble plus appropriée, mais jugeons l’œuvre pour ce qu’elle est. L’intrigue est donc réécrite pour être bien plus directe et linéaire, avec davantage de place pour l’antagoniste et la bagarre, adaptant alors un modèle plus classique et évacuant tout ce qui pourrait paraître trop fantaisiste. Pas question de proposer quelque chose de différent, on veut que le spectateur ait ce qu’il s’attend à voir.
Le problème, c’est que le film devient trop prévisible et donc ennuyeux, semblant même être en auto-pilote. Les personnages avancent un peu, ils rencontrent des ennemis, se battent (dans des séquences qui manquent d’imagination), avancent un peu, et ainsi de suite… La morale même du film devient banale et générique : “la vengeance c’est mal”, répétée du début à la fin par Supergirl. C’est appauvrir largement ce que Tom King essayait de transmettre dans son œuvre, en plus de manquer de confiance envers le spectateur et Ruthye elle-même pour comprendre le message. C’est pourtant ce qui faisait tout le sel du comics : si Supergirl entreprend ce voyage, c’est pour que sa protégée comprenne d’elle-même ce qu’elle doit en retirer. Le problème, c’est qu’en se concentrant exclusivement sur la quête de Krem en évitant tous les détours de l’œuvre originelle, il n’y a plus tant que ça à apprendre du monde et de Supergirl.
Donner le nom de l’artiste à une planète n’est pas suffisant
Un autre point fort et majeur du comics est sa partie graphique absolument exceptionnelle, qu’on doit à Bilquis Evely et à son coloriste Matheus Lopez. Dans un mélange fluide de science-fiction et de fantasy, le duo nous dépeint un univers incroyablement riche aux couleurs éclatantes, aussi merveilleux qu’il est cruel. Au contraire, les visuels du film sont toujours brunâtres, jamais très inspirés et s’inscrivent dans une esthétique SF déjà trop vue, au point où on a presque le sentiment de faire du sur-place. Une impression qui n’est pas aidée par le fait de croiser sans cesse les mêmes personnages plutôt que d’en rencontrer une panoplie hétéroclite.
On pensera notamment au Lobo incarné par Jason Momoa qui prend une place assez importante. Alors oui, le personnage est très appréciable (même si assagi), l’acteur s’amusant énormément avec, mais à en faire une présence récurrente, on a presque l’impression que le film ne fait pas assez confiance à ses deux héroïnes pour susciter l’intérêt. Et en soi, on peut le comprendre : leur développement est relativement pauvre alors qu’il y avait matière à faire, notamment concernant Supergirl et son rapport à Krypton. Qu’on le dise tout de suite : cette séquence “origin-story” est possiblement la meilleure du film, l’émotion est présente et les performances convaincantes. Néanmoins, ces origines sont elles aussi diminuées : Kara n’a ici pas connu Krypton, seulement sa ville d’Argo City, et le dépérissement de celle-ci est trop rapide.
Vous l’aurez compris : la déception est de mise, mais elle ne surprend pas tellement, la confiance en ce film s’étant étiolée peu à peu comme nous en témoignions lors de nos podcasts mensuels. Cela dit, il ne mérite pas le statut de purge, le genre super-héroïque nous ayant déjà offert bien pire. Si les critiques plutôt négatives affluent, il n’en reste pas moins une partie du public qui a honnêtement apprécié ce film et nous pouvons comprendre pourquoi. On peut par exemple lui reconnaître un thème musical réussi et s’enthousiasmer de la présence de nombreux aliens souvent réalisés en effets pratiques. Bien plus encore, c’est la performance de Milly Alcock qui convainc très largement, prouvant qu’elle est l’actrice idéale pour cette incarnation de Supergirl.
A la fois trop long pour ce qu’il propose, malgré sa petite heure et cinquante minutes et bien trop court pour tout ce qu’il aurait dû proposer, ce film Supergirl est loin d’être la pépite que l’on était en droit d’attendre. D’un comics singulier en ressort un film générique, formaté pour être mieux digéré et oublié. Ce n’est pas la purge que certains décrivent, il y a du positif à en tirer, mais c’est malheureusement trop léger pour un univers qui vient à peine de débuter. On en vient à douter de la fiabilité du sceau d’approbation de James Gunn, qui avait déjà loué The Flash quelques années plus tôt.





