Humeur du lundi - La fatigue super-héroïque, la fin d'une époque ?
Quel avenir pouvons-nous attendre des films de super-héros dans un contexte où la fatigue super-héroïque semble être durement installée ?
Il est temps de baptiser le Substack ! Sur DCPlanet nous écrivions régulièrement des Humeurs du lundi, qui sont, comme le nom l’indique assez simplement, des billets d’humeurs qui sortent le lundi. Dedans, on va pouvoir parler de tous les sujets possibles d’une façon plus spontanée que dans nos autres chroniques.
Aujourd’hui, on va revenir sur une chose dont on parle déjà depuis plusieurs années, la “superhero fatigue” ou fatigue super-héroïque. On peut la définir comme le moment où les adaptations de comics vont commencer à lasser le public et après une période de domination sur Hollywood, vont doucement s’effacer, tout comme cela a pu être le cas pour les Westerns des années 30 à 50. Cela fait en fait assez longtemps que l’on annonce la fin des films de super-héros, déjà en 2016 de nombreux articles titraient sur le fait que les adaptations de comics étaient peut-être sur le déclin. Ceci en grande partie dû à la sortie de Batman V Superman et de Suicide Squad, qui, malgré un certain succès aux box-office, montraient de vraies limites en termes de qualités. Mais c’est depuis 2019 que le terme s’est imposé dans le discours actuel. Cela correspond évidemment à la sortie d’Avengers : Endgame. Déjà, à l’époque Infinity War et Endgame semblaient être le summum de ce que l’on pouvait faire avec les adaptations de comics. La question était de savoir ce qu’ils pouvaient faire de plus ?
Et là est apparu le plus gros vilain que le cinéma ait jamais connu. Le Covid. Lorsque la pandémie mondiale est venue stopper le monde en 2020, elle a totalement bouleversé Hollywood. Les tournages sont stoppés, les dates de sorties repoussées et le MCU n’en est pas épargné. Le pire ? Il semble que même après que toutes les restrictions aient été levées, le public n’est pas encore prêt à revenir dans les cinémas. Et c’est à ce moment-là que les films Marvel commencent à perdre leur domination sur le tout Hollywood. Black Widow en 2021 ne fait que 67 millions de profits, Eternals en 2021 n’en fait aucun, tout comme Ant-Man 3 et The Marvels. Captains America : Brave New World, lui, n’atteint même pas son seuil de rentabilité, estimé à 425 millions (le film en a rapporté 415,1). Il y a donc un vrai ralentissement et qui n’est que renforcé par les multiples séries que Marvel ont martelées depuis 2021, cela représente 12 séries en 4 ans, un rythme frénétique qui ne peut que renforcer le fait que pour tout comprendre au MCU le public a l’impression de devoir faire ses devoirs avant chaque film. Et tout ceci est à ajouter à l’inflation galopante qui touche le monde entier.
Certains, dont James Gunn, assurent que la “superhero fatigue” n’existe pas vraiment et que les gens sont juste fatigués de voir des films identiques et dans la majorité des cas très moyens. Ce qui aurait pu être cohérent jusqu’ici, les plus gros échecs de Marvel sont, pour l’instant, The Marvels, Ant Man 3 et Cap 4, des films tout aussi mal accueillis par les critiques que par les spectateurs. Toutefois, avec la sortie de Thunderbolts*, les choses sont différentes. Le film a eu un très bon accueil critique et les spectateurs qui l’ont vu, l’ont aussi apprécié et à titre personnel, pour quelqu’un qui est vraiment épuisé des films du MCU depuis un certain temps, c’était un vrai bon retour en forme. On pouvait croire qu’il était là le moment où Marvel allait revenir comme à la belle époque et pourtant… le film s’est écrasé au box-office. Il n’y a pas trente-six façons de le dire : Thunderbolts* est un échec, le film devait atteindre les 425 millions pour être rentable, il n’aura fait que 382,2 millions.
Alors on pourrait dire “Oui mais c’est une équipe compliquée à marketer, les gens les connaissent mal”… et oui en effet, mais à la grande époque, Marvel te vendait un film avec un raton laveur parlant et ils te ramenaient quasiment 800 millions de dollars. Alors, il me semble évident qu’il y a bien quelque chose qui se passe. Ici, on pourrait encore me rétorquer “Mais, il y a Spider-Man : No Way Home, Doctor Srange : Multiverse of Madness et Wolverine & Deadpool qui ont été des gros cartons, donc ce n’est pas si simple que ça.” Ce qui n’est pas faux, mais il faut déjà dire que visiblement le succès de Dr. Strange est à relativiser, en tout cas pour Marvel, il semblerait qu’ils en attendaient beaucoup plus. Et pour Spider-Man et Deadpool je pense que, outre ce que chacun peut penser de la qualité des deux films, il est tout de même assez évident que le gros de leur succès vient de la nostalgie sur laquelle ils jouaient allégrement. Je ne suis personnellement pas certain que les films de super-héros puissent survivre encore longtemps avec la nostalgie. Et encore moins pour DC qui n’a en fait même pas le privilège de cette nostalgie.
Et bien oui, parce qu’il faut bien parler de DC à un moment. The Flash a démontré assez clairement une chose, le grand public n’a pas du tout la même attache nostalgique envers les œuvres de DC que de Marvel. Le film de Muschietti, malgré sa médiocrité, faisait revenir le Batman de Michael Keaton et pourtant personne n’a voulu se déplacer pour ça, malgré le statut culte du film de 89. Alors, on est dans la situation actuelle où James Gunn doit créer son DCU dans un contexte très concret de “superhero fatigue”. Maintenant, Superman est sorti et le film n’est pas un échec, loin de là. Le film fait d’excellents entrées aux États-Unis, il devrait finir sa carrière dans les eaux de 350 millions de dollars, une performance qui lui permettra de battre l’ensemble des films du DCEU, excepté Wonder Woman (qui avait sur-performé aux États-Unis 412.8 millions). Les US semblent donc être prêts à accueillir à bras ouvert ce nouveau Superman et, espérons le, le DCU. Toutefois, il y a une autre donnée à prendre en compte, les scores du film à l’international.
En règle général, les blockbusters vont rapporter plus à l’international qu’aux États-Unis, ou si n’est plus, on sera au moins proche du 50-50. Aujourd’hui, le déséquilibre entre les recettes domestiques et internationales de Superman sont conséquentes. 57,59% des recettes de Superman ont lieu aux États-Unis, ce qui laisse donc 42.41% à l’international. Le marché chinois étant celui qui voit la plus grosse chute d’intérêt pour le genre avec des résultats abyssaux. Mais, on pourrait se dire que ceci vient en grande partie du fait que Superman est LE héros américain, ce qui pourrait expliquer une réception un peu plus froide de la part du public international. D’autant plus quand aujourd’hui les États-Unis sont loin d’être en odeur de sainteté autour du monde. Cependant, il apparaît que Les 4 Fantastiques qui viennent de sortir suivent exactement le même chemin avec une répartition de 54.5%/45.5% pour les US. Pourtant, tous les voyants étaient au vert, tout comme Superman le film a une vraie proposition visuelle, il propose une porte d’entrée débarrassée du poids des films ou séries qui l’ont précédés, a eu une campagne marketing efficace et a reçu un accueil critique dans l’ensemble positif, mais ce n’est visiblement pas suffisant. Tout comme Superman le film ne pourra pas espérer obtenir beaucoup plus que 600 millions de dollars au box-office.
Alors, deux exemples ne font pas une règle, d’autant plus que Thunderbolts* et Captain America : Brave New World étaient assez proches du 50%/50%, mais avec des résultats de toute manière assez médiocres. Alors, il apparaît que les États-Unis sont encore demandeurs de films de super-héros, ou du moins de films d’adaptations de comics de qualité, ou remplies de nostalgia bait (littéralement appât à nostalgie). Mais il semble y avoir un réel ras-le-bol du genre super-héroïque de la part du public à l’international. Que les films soient bons ou pas, cela ne semble plus vraiment entrer en compte. Maintenant, cela va représenter un réel handicap pour l’avenir de ces films. La réalité est que continuer de produire des films avec des budgets de 200, 250, voire 300 millions de dollars va devenir suicidaire dans un marché où la barre des 600 millions semble être le plafond de verre de ce que ces films peuvent espérer atteindre, en tout cas sans avoir recours à la carotte de la nostalgie. 2026 ne devrait pas poser de problème à Marvel avec la sortie du prochain Spider-Man et d’Avengers : Doomsday. L’un étant une valeur sûre dans le monde entier, tandis que l’autre joue déjà à fond, avant même sa sortie la carte de la nostalgie. Mais, le vrai défi sera pour Supergirl. Le film aura un chemin ardu jusqu’au succès, le personnage n’étant pas particulièrement vendeur auprès du grand public. Nous verrons bien dans un an ce qu’il en sera, mais le chemin s’annonce ardu.
Il semble donc que nous sommes à la fin d’une période pour les adaptations de comics sur grand écran. Sortir trois films avec 200 millions de budget tous les ans ne semble plus viable, Marvel et DC vont devoir s’adapter s’ils veulent continuer à produire des films de super-héros. Raréfaction des sorties, baisse des budgets, il y aura des choix à faire, mais m’est avis qu’ils ne seront pas au goût des actionnaires.





