Histoire de prod : Superman
Vous avez toujours eu envie de savoir comment le premier film Superman a vu le jour ? Vous êtes au bon endroit !
Les films, qu'ils soient des échecs industriels ou des chefs-d’œuvre ont quasiment systématiquement des productions passionnantes. Réalisateur tyrannique, studio qui s'immisce dans la production, producteurs collants, caprices d'acteurs. Il y a des centaines d'exemples différents et les films de super-héros n'échappent pas à la règle.
Nous allons revenir sur le premier film Superman qu’on peut considérer comme l’ancêtre de tous nos films de super-héros. Le film, qui a déjà 42 ans, est devenu mythique, et encore aujourd’hui Christopher Reeves est considéré par beaucoup de fans comme LE Superman (et ils ont bien raison). Alors, il est temps pour nous de revenir sur l’histoire de ce classique des films DC. Ce classique qui aura eu le droit à une production plus que chaotique.
Retrouvez mes sources ici.
Les Salkind et les droits de Superman
Alexander Salkind est le fils d’un producteur franco-mexicain, aux origines russes. Celui-ci, aux côtés de son fils Ilya Salkind, reprend aussi le métier de producteur et le premier fait d'armes du duo est le film The Three Musketeers. L'adaptation du roman culte de Dumas, qu'ils ont produit aux côtés de leur compère Pierre Spengler. Le film et sa suite The Four Musketeers, sont aujourd'hui surtout connus pour avoir introduit la Salkind Clause. En effet, le film est à l'origine pensé comme un long film de trois heures et les acteurs ont été payé pour cela. Néanmoins, ils se rendent compte que le film ne sera jamais prêt pour sa date de sortie et ils prennent donc la décision de le diviser en deux films différents. Ce que les acteurs apprendront en voyant le film pour la première fois. Ils saisissent évidemment la justice et cela conduira la Screen Actor's Guild à introduire la Salkind Clause qui stipule que l'on ne peut diviser une production unique en plusieurs films, sans que cela ne soit mentionné dans les contrats. Malgré, ces polémiques les films sont des succès critiques et financiers.
C'est aussi à la fin de l’année 1973 qu’Ilya Salkind parle pour la première fois à son père de son idée de produire un film Superman. Dans une interview Ilya Salkind raconte que l’idée de faire un film sur un héros costumé lui est venu alors qu’il marche dans Paris et il croise une affiche pour le dernier film Zorro, où le héros est incarné par une star française…. Seul problème de cette affirmation, en 1973 il n’y a pas de film Zorro à l’affiche. La description pourrait évidemment nous faire penser au Zorro d’Alain Delon, mais celui-ci ne sortira pas avant 1975. En 1972 il y a bien eu un film Zorro, sous le nom Les aventures galantes de Zorro, mais il s’agit d’une sorte de parodie érotique et m’est avis que cette affiche n’était pas présente dans chaque rue de Paris. David Michael Petrou écrira lui dans son livre The Making of Superman the movie qu’il s’agissait d’une nouvelle diffusion du Le signe de Zorro (1940). Vous ferez donc ce que vous voulez de cette information, mais gardez à l’esprit que si sur un élément aussi basique les personnes impliquées nous donnent des contre-vérités, ou qu’ils se souviennent mal des événements, il en devient difficile de naviguer parmi le vrai du faux.
Le père Salkind, est dans un premier temps assez dubitatif, celui-ci ne connait rien au kryptonien. Néanmoins, devant l'enthousiasme évident de son fils, il accepte d'y réfléchir et après des discussions avec différents acheteurs, il parvient à la conclusion que le succès pourrait être là pour le film. Toutefois leur partenaire Pierre Spengler est beaucoup moins optimiste, celui-ci ne croyant pas possible de faire voler un homme à l'écran. Les Salkind persévèrent tout de même et la prochaine étape est de racheter les droits de Superman.
En 73 Dick Shepherd, à la tête du pôle production de Warner, qui vient de racheter DC reçoit un appel lui disant que les Salkind veulent obtenir les droits d’adaptation de leur personnage. Selon Ilya, il aurait dit à l’époque '“Ah vend les. Ça ne vaut pas le coup. Ce n’est pas une licence pour un film.” Toutefois, les négociations sont tout de même difficiles malgré le “je-m’en-foutisme” général de Warner. Car DC, eux, ont énormément de conditions et veulent avoir un droit d’approbation sur absolument tout. Et après six semaines de discussions qui ne mènent à rien, Ilya appelle directement Bill Sarnoff chef de Warner Publishing. Et il ne faut pas plus que ça pour que le deal soit signé. Les droits des films Superman appartiennent désormais aux Salkinds. Là, ou les choses sont plus floues est pour combien de temps et pour quelle somme. Il semblerait que les droits leurs appartenaient pour 25 ans, mais Bruce Scivally, dans Superman on Film, Television, Radio and Broadway, parle lui de 15 ans et de droits pour des films et de la TV. Quant à la somme, là, on a de tout. De 850 000$, à 4 000 000, mais avec seulement 1 000 000 qui doit être payé avant la signature, ou encore 6 000 000, dont la moitié doit être payé avant la signature. DC a un droit de regard, mais leur pouvoir de veto est très limité. Ceci illustrant bien que le personnage de Superman n'avait aucun réel intérêt pour la Warner à l’époque.
Maintenant, il était temps pour les Salkind de trouver des financeurs, mais aussi un scénariste pour que Superman puisse enfin prendre son envol.
Le scénario
La direction que devrait prendre leur film est assez clair pour les Salkind. Ils doivent s’éloigner de l’aspect très “campy” (pensez à la série Batman de 66) pour embrasser quelque chose de plus sérieux, les gens devront rire avec Superman et pas de lui.
Julius Schwartz, éditeur des titres Superman, rencontre les Salkinds et leur suggère d'embaucher la romancière Leigh Brackett. Celle-ci est une habituée des romans de science-fiction, mais elle avait aussi participé à l'écriture du scénario de The Big Sleep (1946) avec William Faulkner. Cependant, Ilya refuse quand il découvre qu’elle vit à ce moment-là sur la côte Ouest, tandis que lui travaille sur la côte Est. Tout n'est pas perdu pour Brackett, celle-ci écrira quelques années plus tard le scénario d'un certain Empire contre attaque. Schwartz suggère ensuite Alfred Bester, lui aussi auteur américain de science-fiction. Pour l’anecdote, sa femme Rolly avait joué Lois Lane dans le serial radio. Ilya l’engage pour un salaire supérieur à tout ce qu'il avait gagné durant sa carrière d’auteur, cependant le père n’est pas content, il veut un gros nom qui attirera de gros acteurs. Il décide donc de changer de scénariste.
Le prochain choix d’Ilya est William Goldman. Oscarisé, lui aussi a débuté sa carrière en écrivant des romans, puis s'est tourné vers le théâtre et ensuite le cinéma. Il a d'ailleurs écrit le roman The Princess Bride, dont le film est inspiré. Après trois heures de discussions il refusa, ne sentant pas l’histoire.
Ensuite, ils s'adressent à Mario Puzo, l'auteur américain avait signé le livre The Godfather, dont le film de Francis Ford Coppola est tiré. Il est tout de même intéressant de voir que tous les choix des producteurs se portent vers des romanciers. Il y a sans doute une raison très intéressante là-dessous, mais cette Histoire de prod est déjà extrêmement longue, donc on va passer là-dessus. Ensuite, durant quelques semaines à Vegas, Ilya, Puzo et Carmine Infantino, patron de DC, ont discuté de l’histoire. Il y avait beaucoup de choses : Superman et ses origines, ses débuts à Metropolis, sa romance avec Lois, sa relation avec Lex Luthor.
En juillet 1975, Puzo rend un premier jet, puis en octobre, il rend son scénario final, qui ressemblait plus à une encyclopédie. 300 pages. Ils estiment à l’époque qu’il faudrait 500 000 000 de dollars s’ils voulaient réaliser le film dans l’état. Et bonne nouvelle ! Depuis l’année dernières, les scripts signés par Puzo sont disponibles en ligne, nous pouvons donc les lire ! Le script est en soi intéressant, bien qu’il demanderait une bonne réécriture pour condenser le tout et retirer quelques bizarreries. La structure de l’histoire ressemble de loin à celle du film que l’on aura, mais avec plus de petites aventures assez répétitives. Elles se passent toujours de la même façon. Luthor prépare un crime, l’équipe de Galaxy TV (on en reparle) arrive, Clark s’éclipse, Superman confronte Lex, celui-ci arrive à s’enfuir et on repart pour un tour. Le scénario nous aurait donc mené au Vatican, en Iran (séquence à vrai dire assez cringe, où la caractérisation des “Arabes” [sic] pue toujours le racisme ordinaire, avec en sus une scène d’agression sexuelle sur Lois), un réacteur nucléaire, un sous-marin. L’une des grosses différences avec le film est que toute la partie romance entre Lois et Superman se déroule dans la première partie, ainsi que le fait que Superman décide d’abandonner tous ses pouvoirs pour pouvoir être avec elle. D’ailleurs, chose qui n’est pas beaucoup plus expliquée que ce que l’on aura dans le deuxième film. Autre différence notable le Daily Planet n’existe pas et Clark, Lois, Jimmy, ainsi que Steve Lombard, supprimé par la suite, travaillent à Galaxy News comme présentateurs TV. D’ailleurs, ils travaillent pour Morgan Edge, personnage des comics créé par Jack Kirby, que l’on ne voit jamais autrement que de manière flou sur un écran TV et qui, dans un twist qui me laisse toujours songeur, est révélé comme étant en fait Superman depuis le début. Je n’ai toujours pas compris qu’elle était l’intérêt et je n’ai trouvé absolument personne qui en parle sur le net.
Qui plus est, l’intro sur Krypton fait 24 pages, ce qui est quand même assez longuet. Aussi, lorsque Superman créé sa Forteresse de solitude, il entreprend une grand opération de braconnage pour la décorer, tuant un ours polaire (ils n’étaient pas encore en voie d’extinction, c’était OK à l’époque !), un caribou et un loup. Une scène somme toute assez étrange, vous en conviendrez. Les quatre kryptoniens enfermés dans la Zone fantôme sont cette fois le général Zod, mais aussi Jax-Ur, Professor Vakox et Kru-El. On appréciera le choix de Kru-El, un nom tout en subtilité. Et, dans une scène qui sort vraiment de nulle part, ils apparaissent dans la chambre de Luthor, alors que celui-ci dort, pour lui dire d’utiliser de la kryptonite contre Superman. Kryptonite qui se trouve tout simplement dans un musée bien étiquetée.
Le tout aurait grandement eut besoin d'une grosse réécriture, cependant Puzo n’était pas intéressé du tout par une autre approche et les Salkind doivent chercher un nouveau scénariste pour cette réécriture.
Ensuite, les Salkind cherchent donc des remplaçants et ils les trouvent chez Robert Benton et David Newman. Le duo a écrit quelques années plus tôt le film à succès Bonnie et Clyde (1967), film avec un certain Gene Hackman (clin d’œil, clin d’œil). Mais aussi la comédie musicale de Broadway, It's a Bird... It's a Plane... It's Superman. Une adaptation TV a été réalisé en 1975 et est disponible ici. Malheureusement, aucune images ont survécu de la pièce originale. Ceux-ci sont donc chargés de réécrire le scénario. Toutefois, peu de temps après Benton décide de réaliser un long-métrage et Newman fait entrer sa femme Leslie à sa place. Certaines des additions à l'univers de Superman de Puzo sont supprimées, comme le fait de faire de changer le Daily Planet en une chaîne de télé et aussi sa suggestion de faire jouer Kal El et Jor El par le même acteur, ceci pour que les spectateurs n’aient pas à attendre une demi-heure pour voir la star du film.
Sous les conseils des producteurs, le long script de Puzo est découpé en deux. Comme pour les films des Trois Mousquetaires, Ilya prévoit de tourner simultanément les deux films. Donc l'histoire des renégats venus de Krypton attendrait le deuxième film, tandis que leur nombre serait réduit à trois.
La quête du réalisateur
Maintenant, ils ont besoin d’un réalisateur. Dans un premier temps, Roman Polanski est envisagé pour une raison obscure, ou si vous voulez mon avis seulement parce que Chinatown avait été un gros carton deux ans auparavant. Le réalisateur refuse évidemment. Dans un second temps, c’est un jeune Steven Spielberg qui rentre en considération. Le réalisateur sortait de Duel et de The Sugarland Express et il est un gros fan de Superman et il voulait réaliser le film après avoir terminé Les dents de la mer. Ilya a vu Les dents de la mer en avance et est persuadé que le film serait un carton, cependant son père lui n'est pas du tout convaincu. Celui-ci insiste pour attendre de voir le résultat du film avant de faire signer le jeune réalisateur. Ilya n’est pas heureux de ce choix, mais son père tenait le porte-monnaie. Le fils doit donc décliner poliment. Bien entendu Les dents de la mer est l’un des plus gros succès de l’histoire et visiblement Spielberg garde en travers de la gorge ce refus, selon Jake Rossen, lorsque Ilya rappelle son agent celui-ci dit que Spielberg pourrait toujours le faire, mais en tant que comédie musicale. Une façon comme une autre de leur dire d’aller se faire voir. En tout cas, cela signifie que dans un autre univers Superman, le premier vrai film de super-héros aurait pu être le prochain film de Steven Spielberg après Les dent de la mer. Quel univers ce doit être.
La quête des réalisateurs continue et plusieurs sont envisagés Peter Yates (Bullitt), John Guillermin (The Towering Inferno), ou encore Francis Ford Coppola (Le Parrain). Yates sont très intéressé, mais un autre projet emporte son intérêt, tandis que Guillermin choisi de travailler sur le remake de King Kong et Francis Ford Coppola sur Apocalypse Now.
Le réalisateur des Mousquetaires, Richard Lester, est approché, mais celui-ci suggère d’en faire un film d’époque et personne ne le suit. Enfin, Ilya rencontre Guy Hamilton, qui avait réalisé Goldfinger. La mythologie de l’homme d’acier l’intéresse et il était d’accord pour se débarrasser des moments kitchs qui subsistent dans les adaptations de comics. La réécriture des Newman a bien supprimé quelques moments étranges du scénario de Puzo, mais elle a aussi amené son lot de bizarreries. Comme le fait que Luthor se mette, littéralement, à manger des mouchoirs lorsqu’il est en colère. Ou un caméo de Kojak, un flic fan de sucettes, incarné par Telly Savalas, dans la série du même nom (contrairement à ce qu’affirment certains livres, ce n’est pas du tout une scène écrite par Mario Puzo). Le personnage étant chauve, Superman le prend donc pour Luthor lorsqu’il le voit de dos dans la rue. Puis le personnage sort sa catchphrase "Who loves ya baby". Une scène vraiment… une scène. Hamilton est donc engagé.
Les acteurs
Trouver LA personne capable d’incarner Superman était une tâche colossale. Ils doivent trouver quelqu’un de physiquement proche du personnage, mais qui a aussi les capacités en tant qu’acteur pour incarner le rôle. Et c’est au début de l’année 1975 que cette quête commence. Leur premier choix est Robert Redford, l’acteur est à ce moment-là au sommet de sa carrière et l’avoir en tant que Superman serait un énorme plus pour les financiers et distributeurs. Alex Salkind pense qu’une bonne dose de maquillage parviendrait à rendre l’acteur blond aux yeux bleus crédible en tant que Superman. Toutefois, Redford finit par décliner le rôle. Un mal pour un bien, “Redford aurait joué Redford qui joue Superman. Qui aurait pu croire en lui qui volerait dans un justaucorps bleu, avec des bottes rouges.” A ce moment-là, Ilya Salkind se consacre aux castings, laissant les considérations financières à son père et à Pierre Spengler. Il s’entoure aussi de Lynn Stlamaster, un des plus grands directeurs de casting américain.
Donc Ilya Salkind considère un éventail impressionnant d'acteurs, on parle de plus de 200 acteurs. Warren Beatty se trouve trop ridicule dans le costume ; Steve McQueen refuse immédiatement ; Clint Eastwood est trop occupé; Christopher Walken est considéré. Et ce n'est qu'une petite partie : Charles Bronson, James Caan, Ryan O’Neal, Sam Elliott, Perry King, Jeff Bridges, Jan-Michael Vincent, David Soul, Robert Wagner, Lyle Waggoner et Kris Kristofferson.
Peu avant la sortie de Rocky c'est Sylvester Stallone qui fait part de sa volonté d’endosser le costume. Mais Salkind le trouve trop italien pour le rôle. La recherche de Superman est au point mort. Salkind a même un rendez-vous avec le crooner Neil Diamond. Celui-ci est intéressé par la possibilité de devenir un acteur, mais il se désiste quand il se rend compte du temps que cela lui demanderait et de l'argent qu'il perdrait en arrêtant sa tournée.
En relation avec un certain cross-over qui est en développement chez DC, Salkind pense même à un moment prendre le célèbre boxeur, Muhammad Ali. En effet, durant un dîné à Cannes, le publiciste d'Ali, suggère à Alexander Salkind d'engager son client. Croiser deux symboles de la culture américaine est plus que tentant. Cependant, Ilya Salkind fait remarquer à son père que Ali est noir, ce qui le disqualifie d'office.
À cette époque l'émergence du bodybuilding créée une nouvelle vague d'hommes à l'allure de statues grecques. La tête de proue de ce mouvement est bien entendu Arnold Schwarzenegger. Celui-ci est l'un des rares à conjuguer son allure avec un véritable charisme. Les Salkind ne voyaient personne d'autre que lui pour incarner Superman. Cependant, quand ils le rencontrent ils se rendent compte que les spectateurs américains se révolteraient en voyant un symbole américain incarné par un étranger. Ce qui est assez amusant quand on pense qu’Henry Cavill, un anglais, a incarné le personnage sans que ses origines ne posent vraiment problème à qui que ce soit. Même chose pour Pattinson dont les origines n’ont jamais posé un problème pour incarner Batman.
Les recherches continuent et cela devient la plus captivante recherche d'acteur. Variety suivait semaine par semaine les personnes rencontrées. Bruce Jenner, champion olympique en 76, bien que pas aussi massif que Schwarzy pourrait remplir le costume. Ilya Salkind explique que bien que parfait physiquement, il manque d'expérience en tant qu'acteur. Oui, le beau-père de Kim Kardashian aurait pu être Superman.
Le cas Marlon Brando
Le film n'avait toujours aucun distributeur. Plus d'un millions de dollars a déjà été injectés dans l'écriture du scénario, les tests des effets spéciaux et d'autres commodités comme les chambres du Plaza hôtel. C'est alors que le fils Salkind reçoit un appel de Kurt Frings, un célèbre agent à Hollywood et ami des Salkind. Celui-ci des plus concis lui dit, "je peux t'avoir Brando". En effet à l'époque où les Salkind cherchent leur grosse star, il a déjà été nommé sept fois aux Oscars en tant que meilleur acteur et en a remporté deux pour Le Parrain et Le Dernier Tango à Paris. Alors avoir Brando dans leur film est une chance inespérée pour les Salkind tant l'acteur rayonnait d'une immense aura dans le monde entier.
Ilya demande à Frings ce que Brando voudrait en compensation et il lui répond que 2 millions seraient attirant. Salkind appela son père à Paris à quatre heures du matin, celui-ci lui répondit "Fais-le !". Une copie du script lui est envoyé et Brando allait le faire, mais pour 3,7 millions et un pourcentage sur les recettes du film. Salkind père est furieux, mais il sait que c'est la dernière chance pour son film alors il accepte.
Bien sûr, la nouvelle de l'énorme salaire de Brando se répand très vite à Hollywood et le jour suivant l'agent de Gene Hackman appelle Ilya et lui dit que son client veut travailler avec Brando. Gene Hackman a déjà une petite réputation à l'époque, il n'est pas au niveau de Brando bien entendu, mais il reste un acteur reconnu. Le salaire de Hackman est tout aussi élevé que celui de Brando, il reçoit 2 millions de dollars pour son travail sur le film et sa suite. Qui plus est, Hackman refuse de porter un faux crane et de raser sa moustache. Ce qui amena le personnage dans le film a être obsédé par les perruques et de n'être révélé chauve qu’à la toute fin.
Ce casting cinq étoiles ne peut qu'attirer les distributeurs et c'est Warner qui se manifestea. Les Salkind leur accordent la distribution aux États-Unis, mais la production demeure indépendante. Ce qui est assez ironique sachant que les mêmes leur avaient cédé les droits du personnage pour une bouchée de pain quelques temps plus tôt. Le casting, ainsi que le final-cut appartient toujours aux Salkinds.
On arrive déjà en février 1976, date à laquelle les Salkind s’attendaient déjà à avoir commencé le tournage. Mais, il n’est jamais trop tôt pour commencer la promo du film. Ils achetent donc une page promo dans Variety avec écrit “Bon anniversaire Superman. Désolé de ne pas pouvoir être avec toi.” Ils organisent aussi un show avec des lasers à New York, dans Battery Park, où un énorme ballon est illuminé avec les mots “Prochainement : Superman: The Movie”.
Les premiers problèmes arrivent
Fin 1976 des artisans sont envoyés à Rome pour commencé à construire les plateaux. Cependant, le dernier film de Brando, Le dernier tango à Paris, une exploration graphique de l'identité sexuelle, vient d'être jugée obscène en Italie. Son réalisateur, Bernardo Bertolucci, s'est déjà fait arrêter, il sera acquitté, mais perdra ses droits civique pendant cinq ans et Brando suivrait le même chemin s'il pose un pied en Italie. La police se vante même aux journalistes d'avoir un mandat d'arrêt contre l'acteur.
La production ne pense même pas à remplacer Brando. Sans lui, il n'y a pas de film. La production est redirigée à Londres dans les studios Shepperton et Pinewood. Ce dernier vient de voir la production du Star Wars de George Lucas se terminer. Mais les problèmes sont loin d'être finis. En tant qu’exilé fiscal le réalisateur perdrait la majorité de son salaire s’il devait aller en Angleterre. Alors, ils doivent soit abandonner Brando, ou le réalisateur. Mais, encore une fois, ils ne peuvent faire le film sans l’acteur. Ils renvoient donc Hamilton. Ils entrent en discussion avec Mark Robson, qui a réalisé le film, écrit par Puzo, Earthquake. Mais c’est un autre homme qui leur tape dans l’œil, un certain Richard Donner.
On ne peut que remarquer la connexion qui existe entre les adaptations de comics et les réalisateurs de films d'horreur. Aujourd'hui, nous avons légion d'exemples de films de comics dirigé par d'anciens réalisateurs de films d'horreur. Que ce soit chez DC avec James Wan et son Aquaman, ou David Sandberg et son Shazam. Et c'est la même chose chez Marvel, avec par exemple Scott Derickson qui a réalisé Doctor Strange. Et même Sam Raimi qui a réalisé la trilogie des Spider-Man. Et c’est sans même parler de James Gunn, le patron même de DC Studio dont le premier film qu’il a réalisé, Slither, est un film d’horreur. Alors pourquoi cette tradition ? C'est sans doute en partie dû au fait que les réalisateurs d'horreur sont habitués à devoir trouver des solutions imaginatives pour contrer des problèmes dues au faible budget et au manque de temps. Ce qui fait d'eux des atouts pour ce type de production. Qui plus est, on ne va pas se le cacher, les réalisateurs de films d'horreur sont souvent peu chers et sont vus comme plutôt malléables de la part des producteurs. Superman n'est donc pas seulement le prédécesseur de tous les films de super-héros, mais aussi le prédécesseur de toute une tradition hollywoodienne.
Salkind est impressionné par l'aspect visuel de The Omen et la Warner était plus qu'heureuse de conseiller un réalisateur qui leur avait donné un succès récent.
Richard Donner le nouveau réalisateur
Cependant, lorsque Donner reçoit le script, il est sur la réserve. C'était une production bien plus grosse que ce dont il a l'habitude. Néanmoins, le film est accompagné d'un gros salaire, un million de dollars, dix fois son salaire sur La malédiction (The Omen). Toutefois, il a toujours des réserves sur le script. Conçut comme deux films le scénario est toujours un énorme pavé. Après de longues discussions Donner convainc Salkind de faire intervenir un nouveau scénariste, son ami, Tom Mankiewicz. Celui-ci a travaillé sur plusieurs James Bond avec Sean Connery et Roger Moore.
“C'était un scénario bien écrit, confia Donner à Cinefantastique en 1979. "mais c'était un scénario absurde... Il avaient un excellent scénario de Mario Puzo. Et ils avaient... un bon réalisateur, un anglais, Guy Hamilton. Puis ils ont amené David et Leslie Newman et Bob Benton pour la réécriture. Donc vous aviez des producteurs européeens et un réalisateur anglais qui créaient une fable américaine. Et... Je crois qu'ils ne savaient pas vraiment ce que cette fable était."
Mankiewicz le scénariste de secours
Mankiewicz raconte qu’un soir, avant qu’il ait 100% décidé d’accepter le film, Donner l’a appelé lui disant qu’il venait d’enfiler le costume de Superman et que maintenant, il était certain, il allait faire ce film. Donner lui a une version un peu différente, il confiait à THR qu’il s’est changé et a mis le costume de Superman, puis que Mankiewicz est arrivé devant chez lui et que Donner a commencé à courir jusqu’à sa voiture, poussant le scénariste à le traiter de fou furieux. Mais après ça, il a accepté de lire le script et a confié à Donner qu’ils pouvaient faire beaucoup de choses avec ce scénario.
Après ça, le duo est pleinement engagé.
Le début concret de la pré-production
À son arrivé à Londres Donner change déjà les choses. Il ne reste que onze jours avant l'arrivée de Brando. Donner emmène avec lui John Barry le production designer de Star Wars. L'équipe a commencé à recréer une Krypton très proche des comics. Le tout est plutôt criard tout en vert. Pour Donner et Barry la planète doit ressembler à la future Forteresse de la solitude de Superman, donc tout en glace.
Les techniciens a aussi testé toutes les manières possibles pour donner l'impression de vol. Ils ont catapulté des mannequins. Ils ont essayé de l'animation et ils ont même essayé de balancer un cascadeur sur une grue de 91 mètres de haut. Tout ça coûte plus de 2 millions de dollars et aucun n'est convainquant. Salkind finit par engager le spécialiste des effets visuels Zoran Perisic. Sa technique appelée Zoptic, qui place une personne entre une caméra et un écran de projection semble être la solution.
Salkind engage Geoffrey Unsworth en tant que directeur photo. Celui-ci est une petite célébrité dans le milieu, ayant travaillé sur 2001 : l’odyssée de l'espace. Derk Meddings maquettiste, Roy Field aux effets visuels et Yvonne Blake aux costumes. Donner tenait à avoir une équipe créative la plus harmonieuse possible. Ce à quoi il arriva et au final chaque département travaillait ensemble.
Peu de temps après son arrivée à Londres, Donner accrocha des écriteaux avec le mot Verisimilitude dans tous les bureaux. C'était pour lui un moyen de rappeler que même si l'histoire est totalement irréaliste, ils devaient faire comme si tout était réel. Les gens devaient croire qu’un homme peut voler. Une façon d'enterrer une bonne fois pour toute, toute volonté de parodie.
Quoiqu'il en soit, retournons au script. Celui-ci est toujours l'équivalent d'une encyclopédie et donc Mankiewicz dégage une partie de l'excédent pour atteindre une durée raisonnable et créé avec Donner trois portions distinctes :
1.La vie monotone des Kryptoniens et particulièrement celle de Jor-El dont ses pairs ne veulent pas croire ses avertissements de catastrophe naturelle. Puis il finit par mettre son fils, Kal dans une navette. 2. Kansas, où le jeune Kal est adopté par les Kent. 3. Metropolis, où Clark arrive pour débuter sa carrière de journaliste.
Superman avait enfin tous les éléments en place pour démarrer son tournage en avril 1977. Tout, sauf une chose. Et pas des moindres. Un Superman.
La quête de Superman
C’est l'arrivée de Brando et Hackman qui met fin à cette recherche d'une star pour le rôle principal. Ils peuvent maintenant chercher un acteur bien moins connu, voire totalement inconnu. Cependant, cela n'empêche pas les Salkind de tenter de placer des personnes sans aucun sens. La femme d'Ilya suggère de prendre son dentiste. Oui, un dentiste. On peut même aujourd’hui voir ses essais et… c’était sans doute un très bon dentiste.
Donner lui tente d'avoir Nick Nolte, mais il refuse. Le fils de John Wayne, Patrick, fut considéré. Cependant, les discussions sont abandonnées lorsque son père développe un cancer. Tandis que les choses deviennt de plus en plus compliquées, John Voight accepte de jouer le rôle de suppléant.
En fait le gros problème du rôle de Superman est que les acteurs savent ce qu'implique de prendre un rôle tel que celui de Superman. La carrière de Kirk Alyn est morte après son incarnation du personnage dans les serials. Tandis que George Reeves, lui, a vu sa carrière finir tragiquement. Qui plus est cela ne s'arrête pas avec Superman. Adam West a aussi vu sa carrière s'embourber après avoir incarné Batman. Quasiment aucun acteur n'a pu porter les collants sur les écrans puis mener une belle carrière par la suite.
Christopher Reeve, l'élu
Tard à Londres, Donner et Mankiewicz font le tour des portraits qui ont été donnés par les agences de casting. Il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas avec les acteurs. Il y a quelques semaines Donner et Salkind fils ont reçu un certain Christopher Reeve, un acteur venu de Julliard (camarade et grand ami de Robin Williams, une petite photo !) de 1 mètre 93. Le jeune homme de 25 ans a déjà été fortement suggéré par le directeur de casting Lynn Stalmaster. Mais ils pensent tous qu'il était trop mince et trop jeune pour le rôle.
Cependant, ce n’est plus qu’une question de semaine avant le début du tournage et ils n’ont toujours aucune piste quant à l’acteur qui pourrait incarner leur super-héros, ils décident donc de faire venir Reeve jusqu’à Londres pour lui faire passer des tests.
Arrivé à Londres, l’acteur passe des tests habillé d’un costume, fait à la va vite, de Superman. Pour cette audition, Donner a utilisé une séquence en six pages qui voit Lois interviewer Superman. Cette scène servirait à jauger la présence de l'acteur dans le rôle de Superman, mais aussi son alchimie avec l'actrice incarnant Lois. Et malgré que le costume ne lui va pas et le fait extrêmement transpirer et que ses cheveux châtains sont loin du noir de jais de Superman, ce n'est pas important. Lorsque que Reeve saute sur le balcon et entonne "Good evening, Miss Lane" Donner, Mankiewicz, et le caméraman Geoffrey Unsworth échangent des regards. Ils tiennent leur Superman. Il a déjà développé ses propres tics, comme le fait que lorsqu'il incarne Clark, il se recroqueville pour perdre cinq centimètres. Il sera indemnisé pour son audition et renvoyé avec un chauffeur, une expérience inédite pour le jeune acteur de théâtre. Et lorsque qu'il monta dans la voiture le chauffeur se tourna vers lui et lui affirme : "J’ai vu quasi tous les autres , et je peux te dire que t’as le rôle."
Les Salkind annoncent la découverte de Reeve en février lors d'une conférence de presse à New York. Le jeune homme avait signé pour un salaire de 250 000 dollars, sans pourcentage sur les recettes du film.
Le début de l'entrainement
Quelques temps plus tôt un certain bodybuilder anglais David Prowse fait du lobbying pour le rôle de Superman. Mais comme pour Arnold Scharzeneger l'anglais ne convenait pas pour le rôle. Néanmoins, le nom pourrait vous évoquer quelque-chose, car David Prowse est la personne qui incarne physiquement Dark Vador dans les Star Wars. Donner demanda donc au bodybuilder s'il veut aider Reeve à prendre du poids. Ce qu'il accepte et Reeve a donc droit à six semaines d'entrainement composé de musculation, d’un repas supplémentaire, de milk shake et de vitamines en veux-tu en voilà. Le résultat sera satisfaisant et il n'aura donc pas besoin de rembourrage.
La trouvaille de Lois Lane
Maintenant, qu’ils ont enfin trouvé leur Superman, il leur manque toujours une Lois Lane… Salkind fils auditionne beaucoup d'actrices : Stockard Channing, Shirley MacLaine, Anne Archer et Lesley Ann Warren. Carrie Fisher est aussi considérée, mais Star Wars n'est pas encore sorti, et donc cela n'ira pas plus loin. Imaginez un monde où Steven Spielberg aurait réalisé Superman, avec Sylvester Stallone dans le rôle de Superman et Carrie Fisher dans le rôle Lois, ça, ça aurait été quelque-chose.
Donner et Mankiewicz veut Stockard Channing, tandis qu'Ilya Salkind préfère Margot Kidder. Ils leur font repasser des auditons et finalement tombent d'accords sur Margot Kidder. Channing est excellente, mais ils jugent qu'elle avait une trop forte présence, qu'elle éclipserait Clark. Kidder fut donc choisie et on lui demande de venir à Londres. D'ailleurs, l'actrice admet qu'elle n'avait aucune idée de l'importance de ce projet, car elle avait grandi sans lire de comics.
Les costumiers ont développé plusieurs sets de costumes. Ce qui est une convention aujourd'hui. Des costumes faits pour les scènes de vol, d'autres pour les scènes de courses et d'autres tout simplement pour les scènes où Superman doit sembler iconique. Et c'est la même chose pour la cape.
Reeve a toujours un peu de mal à jouer correctement Superman et Clark, comme nous l'explique Mankiewicz :
“Il était un meilleur Clark Kent que Superman. Cela semble simple, mais un jour, il m'a dit 'je deviens schizophrène avec Kent et Superman'. je lui ait dit : 'C'est simple, Chris. Tu es Superman. Tu joues Clark Kent'. Et dès qu'il a vraiment saisi ça, il commença tout ces petits gestes à la Cary Grant, coincer son manteau dans les portes et faire des choses vraiment extraordinaires.”
Donc Clark est avachi et bafouille constamment. Comportement qui est encore plus aggravé face à Lois. Tandis que tout ça disparaît lorsque Superman prend sa place, qui il gagne une grande noblesse.
Le tournage
Le 28 mars 1977 le tournage commence, alors que la préproduction a déjà coûté plus de 7 millions de dollars, tandis que les Salkind jurent aux investisseurs que les deux films ne coûteraient pas plus de 20 millions de dollars.
Les premiers jours de tournage ont lieu à Shepperton où les scènes sur Krypton doivent être tournées. Marlon Brando est arrivé quelques jours avant que le tournage commence, il venait tout droit du tournage intense d’Apocalypse Now, il a perdu une bonne partie du poids qu’il avait pris et il est malade. L’acteur a d’ailleurs le droit à un manoir de quarante pièces dans la ville d’Esher, le tout avec quelques majordomes, domestiques et jardiniers.
Brando arrive sur le tournage où toutes ses lignes de dialogues l’attendent devant lui. L’acteur assure qu’il ne mémorise pas ses lignes de dialogues, car pouvoir les lire sur l’instant lui permet d’être spontané et d’avoir une diction plus naturelle, plus proche d’une personne réelle. D’autres diraient qu’il a simplement la flemme, mais ne faisons pas de mauvais esprit. D’ailleurs, Donner raconte que la première fois qu’il a rencontré Brando, l’acteur lui a proposé que Jor-El ressemble à un bagel dans le film. Sa logique était incontestable, Jor-El est un alien et personne n’a jamais vu d’alien, donc Jor-El pourrait ressembler à un bagel. Une évidence.
Mankiewicz n'a pas quitté les plateaux, au contraire, pour Donner le scénariste assure le rôle de producteur. Il avait été présent lors des castings, il évalue les designs des plateaux. Le fait est que pour Donner les Salkind ne sont pas des vrais producteurs. Ils sont simplement des hommes d'affaires, dont l’utilité en terme de créativité artistique est quasi inexistante. Et les deux hommes sont très préoccupés par l'argent. En effet, les 20 millions de dollars pour les deux films se sont maintenant transformés en 50 millions pour un seul film.
Les deux ont la pression et ils n'avaient pas prévu une chose : Donner est particulièrement consciencieux. Pour une scène, le réalisateur serait même allé jusqu'à attendre des heures pour que le soleil brille assez. Le film tient vraiment à cœur au réalisateur et il ne veut pas faire n'importe quoi.
Le début des problèmes entre Donner et les Salkind
Très vite les relations entre Donner et les Salkind se détériorèrent. Le problème est que personne n’est capable de donner un budget précis à Donner et les coups de pression constante des Salkind pour que tout aille plus vite ne font rien pour arranger les choses.
L'ambiance est plus que mauvaise sur les plateaux et très vite les Salkind essayent de virer Donner du film, mais légalement, ils ne peuvent pas. Alors les deux parties ne se parlent tout simplement plus. C'est donc le producteur Pierre Spengler qui devient la liaison entre les deux. Cependant, celui-ci ne trouve pas non plus grâce aux yeux de Donner.
Et une attaque au couteau pour la table 8 ! Une !
Donner raconte qu’un soir, alors que lui, Brando et Mankiewicz mangent dans un restaurant (les trois semblaient vraiment bien s'entendre), une femme les rejoint et essaye de poignarder Mankiewicz. C’est Brando qui viendra s’interposer et la force à se calmer. Mais, les auteurs Larry Tye et Jake Rossen confient eux dans leur livre respectif que cette femme était en fait la mère d’Ilya Salkind, Berta Domínguez. Rossen explique même que celle-ci cherchait à devenir scénariste et avait envoyé, à Mankiewicz, beaucoup de pages de réécritures du film, cependant le scénariste les avait toutes ignorées. Enragée, elle lui balance au visage son salaire et le fait qu’il devrait se mettre à genoux devant son mari pour le remercier de l’avoir engagé. Mankiewicz, qui commence à perdre patience, rétorque que s’il se met à genoux devant son mari c’est seulement à cause de sa petite taille. À ce moment-là, elle se jette sur le scénariste couteau à la main. Mais Brando l'attrapa et la renvoya sur son siège, tout en lui demandant si elle allait bien se tenir maintenant. Elle hoche la tête avant de se jeter de nouveau sur Mankiewicz, Brando l’attrape une dernière fois et lui prend des mains son couteau.
Après cet épisode Makiewicz exigera que la femme du père Salkind ne s'approche plus de lui.
Les plateaux de Pinewood
C'est en juin 1977 que la production arrive sur les plateaux de Pinewood. D'ailleurs les Salkind font savoir que tous les techniciens ne sont plus désirés, car Pinewood a déjà ses propres techniciens. Ceux-ci se retrouvent donc au chômage. Pendant ce temps-là la situation entre Donner et les Salkind ne s'améliore pas. Ilya se dit que s'il ne peuvent pas virer Donner, ils doivent embaucher un deuxième réalisateur qui sera plus proche de leur volonté. Et ils pensent d'office à Richard Lester.
Salkind fils pense que la présence d'un deuxième réalisateur heurterait la fierté de Donner et qu'il finirait par démissionner. De plus, les Salkind devaient toujours de l'argent au réalisateur pour son travail sur les Trois Mousquetaires. Car même après avoir gagné un procès celui-ci ne mena à rien, à cause d'une obscure histoire de société au Liechtenstein. Les Salkind payeraient donc enfin Lester s'il vient travailler sur Superman. Celui-ci accepte.
Un jour durant le mois de juin Ilya arrive donc sur le plateau accompagné de Richard Lester et là les rumeurs vont de plus belles quant au départ de Donner. Cependant, il n'en est rien. Lester fait comprendre à Donner qu'il veut juste être payé son dû et qu'il ne fera rien pour saper l'autorité de Donner. Celui-ci ne voit pas de problème et Lester prend le contrôle de la deuxième unité de tournage. Et il s'avère que les deux réalisateurs travaillent très bien ensemble et la production avance sereinement.
Direction New York
En juillet 77 la production part pour New-York pour tourner les extérieurs du Daily Planet. Après les semaines passées dans les studios londoniens passer ses journées entourées des passants new-yorkais était parfois assez perturbant. Qui plus est, Reeves commence à douter de la capacité du film à convaincre les gens que Superman pouvait vraiment voler. Cependant, lorsque Reeves arrive dans la 57e Rue habillé en Superman, la foule se met à applaudir et lorsque l’acteur est propulsé en l’air les applaudissements ne font qu’augmenter. On aurait dit que les gens voyaient réellement Superman s’envoler, sans câbles. Reeves confie dans son autobiographie Still Me que c’est à ce moment-là qu’il a compris que le film fonctionnerait. A ce moment-là l'un des pires black-out de l'histoire de la ville arrive et menace de coûter très cher aux Salkind. Cinq ou six fois ce qu'ils avaient prévu au départ pour le tournage à New-York.
En août le tournage dépose ses valises au Canada pour les scènes autour de la jeunesse de Clark à Smallville. C’est la ville de Calgary qui est choisie pour représenter la ville du Kansas. C'est l' acteur Jeff East qui a été choisi pour incarner le jeune Clark Kent, mais Donner n’est pas convaincu par sa prestation vocale et le fera redoubler par Reeve plus tard. C'est durant ce tournage aussi que des fans ont eu la chance de faire de la figuration dans le film grâce à un concours organisé par DC. Il s'agit des sportifs que Clark et Lana croisent. Malheureusement, les deux ados n’ont pas pu rencontrer Christopher Reeves qui est toujours en Angleterre pour filmer les scènes de vol. Ils seront par la suite conviés pour visiter les locaux de DC Comics à New York. D’ailleurs, durant cette séquence on peut voir Lois Lane, ainsi que ses parents dans le train que Clark dépasse en courant. Et les parents de celle-ci sont incarnés par Kirk Alyn et Noel Neill qui incarnaient respectivement Superman et Lois Lane dans les serials de 1948 et de 1950.


C'est après ça que la production décide de laisser de côté la production du second opus, sur lequel Donner planche encore pour se concentrer sur le premier film. Et le tournage reprend à Pinewood fin septembre pour huit semaines. Durant un break en novembre, la Warner pose beaucoup de question concernant l'état de la production à Donner. Le cinéaste leur explique ses mésententes avec les Salkind et en décembre lorsque Donner revient sur les plateaux, il est accompagné d'un représentant du studio, Charlie Greenlaw, qui doit s'assurer de l'état de la production et de la qualité du produit final.
En effet le studio mise gros sur Superman et ils voient le film comme un moyen pour eux de vraiment rentrer dans la cour des grands. Et d'ailleurs, si jamais le studio avait pu reprendre le projet des mains à des Salkind, à qui l'argent faisait défaut, ils ne s'en seraient sans doute pas privé.
Le tournage des phases de vol
À Pinewood le tournage continue et c'est au tour des phases de vol. De larges proportions de déodorant, ainsi que des couches de tissus est utilisées pour palier au problème de transpiration du pauvre Reeve qui reste des heures perché en l'air. Quoi-qu'il en soi l'acteur, au grand plaisir de Donner, a réussi au fil du temps à adopter une gestuelle bien spécifique pour les phases de vol. L'acteur insiste en plus pour réaliser lui-même toute les scènes de vol. Alors même que les conditions de sécurité sont déplorables et que sa doublure est tombée de ces mêmes harnais.
D'ailleurs au début du tournage, ils n'avaient même pas installé de matelas en dessous les harnais. Cela veut dire que si on devait tomber du haut de ces 12 mètres, on tombait sur du bitume. Il aura fallu que Jack O'Halloran, qui incarne le Kryptonien Non, leur dise d'installer ces matelas pour qu'ils le fassent. Le tournage souffre tout de même malheureusement d'une victime, lorsque qu'un technicien, Terry Hill, meurent après que l'aile d'une réplique d'un Air Force One se soit détachée.
Un retard inéluctable
Un nouveau problème arrive en janvier 1978. Cela fait huit mois qu'ils tournent et l'état du film est encore très loin d'être convenable. Entre les effets spéciaux, le perfectionnisme de Donner et le tournage d'environ 40% de Superman 2, le film est loin d'être prêt. Ce qui veut dire que leur date de sortie prévue pour l'été 1978 n’est pas tenable. Ce qui est une tragédie pour les Salkind qui voulaient suivre l'exemple donné par les énormes succès de Les dents de la mer et Star Wars en sortant un film dans la période mai-aout. Mais ils conclurent avec la Warner qu'une sortie durant l'hiver pourrait aussi fonctionner.
La promotion du film a déjà commencé durant la fin de l'année 1977 où la Warner a placé un teaser du film avant les séances de la ressortie de Star Wars. Celui-ci ne contient aucunes réelles images du film, mais simplement un tour dans les nuages du point de vue de Superman, tandis que les noms du casting s'affichent en grand à l'écran. Marlon Brando et Gene Hackman sont bien entendus en tête. Et cela fonctionne !
Nouveau-Mexique
Au printemps 78, Donner part filmer la séquence du tremblement de terre au Nouveau-Mexique. Ces séquences doivent de base être filmées à Pinewood, mais Donner a peur que le rendu soit cheap. Et la Warner est d'accord avec lui. Ils mettent donc l'argent nécessaire pour ce changement.
À l'origine, la mort de Lois n'est pas censée arriver durant le premier film. Superman doit se terminer avec Superman déviant le missile qui se dirige vers le Midwest et, en faisant ça, aurait détruit la prison de Zod et ses acolytes. Et c'est à la fin du second film que Superman sauve Lois en remontant le temps. C'était d'ailleurs la chose la plus proche de l'esprit comics dans un film qui se voulait "réaliste".
Cependant, Donner déteste ce cliffhanger et juge que l'idée d'une suite, si le premier film était un échec, ressemblerait plus à une menace qu'autre chose. Une idée qu’un certain nombre de films modernes aurait dû adopter. Donner accepte donc la proposition de Lester de mettre la mort de Lois à la fin du premier film.
Enfin, la fin du tournage
La situation est maintenant périlleuse pour les Salkind. Ils sont simplement ruinés. Arrivé à l’automne 78, les cadres de Warner sont venus jusque Londres pour assister à une projection d’une première version très longue du film (on parle de quatre heures) et impressionnés du résultat, ils donnent leur permission à Donner de faire durer le film aussi longtemps que nécessaire. C’est aussi à ce moment-là que John Williams, fort de ses succès sur Les dents de la mer et sur Star Wars est choisi pour composer la bande son du film.
Il reste maintenant dix semaines à Donner pour le montage.
Le film est prévu pour le 10 décembre 1978. Le studio a partagé des visuels du film à la San Diego Comic Con, public qui inclue un jeune Tim Burton.
En novembre Warner Bros, contacte Alex Salkind pour connaître l'état du montage. Celui-ci leur dit qu'il est prêt, mais que le studio devrait lui donner 15 millions pour qu'il le fournisse. Les Salkind sont endettés jusqu'au cou et c'est le dernier pari qu'il leur reste pour sortir la tête de l'eau. La Warner finit par accepter et paye, ce qui s'avéra être une action plus que juteuse pour eux au final.
La sortie du film
Le 13 décembre c'est l'avant-première mondiale à Londres, ou l'on pourra voir Christopher Reeve croiser la reine d'Angleterre. Mais c'est à la première à Washington DC au Kennedy Center que les choses sérieuses ont lieu. Les Salkind, père et fils y sont présents et paradent fièrement. Mais alors que le jeune Salkind arrive, un homme le prend à part et lui dépose un dossier dans les mains, avant de lui dire "vous avez été mis en demeure".
En effet, Mario Puzo a porté plainte, car selon lui, sa part des profits est insuffisante et les producteurs exagèrent le dépassement de budget pour réduire sa part. Malgré ça, Ilya Salkind décide de profiter de la soirée. Et c'est, bien aidé par l'alcool, que toute l'équipe a pu mettre ses tensions de côté et fêter ensemble leur grande réussite. Et même Donner et les Salkind s'entendent. Comme quoi, rien de mieux que l'alcool pour apaiser une situation.
La valse des procès
En effet, après que les Salkind soient partis, Richard Donner commence à parler avec Army Archerd, journaliste chez Variety. Et il avait l'air tout à fait sobre lorsqu'il parle des Salkind et de Pierre Spengler. Il parle de leur incompétence et il confie qu'il ne travaillerait pas sur Superman 2 si Spengler était impliqué. Qui plus est, il voulait 100 % de contrôle créatif. Après ça, le réalisateur n’apas vraiment de contact avec les Salkind et Spengler pendant plusieurs jours, voires semaines, étant en pleine tournée mondiale et on parle d’une époque où la communication était loin d’être si facile qu’aujourd’hui. Mais, et alors que Donner s’apprête à repartir en Angleterre pour tourner les scènes restantes du deuxième film, l’agent du réalisateur l’appelle et lui apprend que les Salkind n’ont plus besoin de lui.
Donner porte à son tour plainte contre les Salkind pour exactement la même raison que Mario Puzo. Mais il est loin d'être le dernier. Deux jours après la sortie du film c’est Marlon Brando qui porte plainte pour 50 millions de dollars, affirmant qu'il n'a pas reçut le pourcentage sur les chiffres du film promis. Et il va jusqu'à demander que les producteurs ne puissent pas utiliser son image. Ce qui ne fut pas accepté. Mais au final, il repartit avec 15 millions de dollars pour 15 minutes d'apparition à l'écran, un ratio somme toute satisfaisant, même Bezos ne fait pas autant par minute.
Un immense succès à tous les niveaux
Superman est un immense succès. Que ce soit du côté des critiques qui globalement aiment vraiment le film. Robert Ebert, critique pour le Chicago Sun-Times écrit :
"Superman est un vrai enchantement, une MERVEILLEUSE combinaison de toutes ces choses à l'ancienne dont on ne se lasse jamais, d'aventure, de romance, de héros, de vilains, d'effets spéciaux extra-ordinaires et d'esprit. Reeve est parfaitement choisi pour le rôle. Un mauvais choix aurait gâché le film."
Ou Gary Arnold du The Washington Post :
"malgré quelques écueils ça et là, cette superproduction s'avère être prodigieusement inventive et agréable, doublement béni par des ILLUSIONNISTES doués derrière la caméra et le brillant nouveau venu devant la caméra, Christopher Reeve, un jeune et beau acteur, assez doué pour RATIONALISER un super-héros de comics. "
Et même du côté des créateurs de Superman, Joe Shuster dit d'ailleurs qu'il est :
"ENCHANTÉ de voir Superman à l'écran. J'ai eu des frissons. Chris Reeve a la bonne touche d'humour. Il est vraiment Superman."
Même si d'autres sont moins convaincu par le Luthor incarné par Gene Hackman, entre autres, comme Charles Champlin du Los Angeles Times :
"Une vraie déception," Champlin encense Reeve "en tant que sauveur du film" mais il appelle le vilain, joué par Hackman "le réel problème", "même avec une collection de perruques Gene Hackman n'est pas grotesque, drôle, ou menaçant et ce qu'il fait ici n'a rien de clair."
Qui plus est le public est plus que présent dans les salles de cinéma. Superman rapporte 7,465,343 $ pour son premier week-end aux Etats-Unis. Tandis qu'il finira sa carrière aux États-Unis à 134,218,018 $ et 166,000,000 $ à l'international. Donnant donc un total de 300,218,018 $ monde. Ce qui, en prenant en compte l'inflation, est environ l'équivalent d'un milliard de dollars. Le succès du film ne doit donc pas être minimisé, c'était réellement un carton à tous les niveaux. C’est en fait même, si on prend en compte l’inflation, le film Superman qui a le plus rapporté d’argent tout court et il ne devrait pas perdre ce statut de sitôt.
Qui plus est, le film est même nommé aux Oscars dans plusieurs catégories. Il est nommé pour le meilleur montage son, pour le meilleur montage et pour l'oscar de la meilleure musique de film. Et il remporte l'oscar pour une contribution spéciale pour ses effets spéciaux.
Superman est un fantastique film. Sous plein d’aspect, il aurait dû s’effondrer, s’effondrer sous le poid de son ambition démesuré, s’effondrer après l’énième clash entre le réalisateur et les producteurs, s’effondrer devant les limitations que posaient l’époque dans laquelle il a été créé et pourtant, il a réussi.
Porter le succès d’un film sur la simple personne d’un réalisateur est une erreur. Un film, tout comme un jeu, une série et tant d’oeuvres créatrices sont des oeuvres collectives qui n’existeraient pas sans toutes les mains qui ont participé à sa création. Toutefois, une chose est certaine sans Richard Donner, ce film n’aurait jamais pu devenir le phénomène que l’on connaît. Sans sa détermination à rendre ces personnages réels le projet n’existerait. Son oeuvre a continuer à influencer des cinéastes aussi différents que Sam Raimi, Christopher Nolan, ou même James Gunn. Sa patte a aidé à modeler les films de super-héros qui l’ont suivi.
À l’heure où j’écris ces lignes, la majorité des personnes à qui nous devons cet incroyable film sont décédées. Je voudrais donc leur dédier ces dernières lignes.
Merci à vous d’avoir réussi à nous faire croire qu’un homme pouvait voler.
























